Untitled
Home
Mission
Publications
Programme d'etudes
Jardins d'enfants
TALI
Articles sur l'education TALI
Le quotidien en photos
Conseil d'administration
Ministère de l’éducation
  |  L' Education TALI: " 30 ans vers la force de l'âge…"  |  Presse  |  

L’école Massorati de la Guivat Tsarfatit- Jérusalem
Une tentative de frayer une voie nouvelle dans le domaine de l’Éducation juive en Israël.
Par Lee Israël Levine

(“The Melton Journal” - numéro Printemps Été 1983)

Il est bien connu, et c’est là un fait avéré tout au long de l’histoire, que la tradition juive est de nature dynamique. Les Juifs ont en effet toujours dû se demander quel devait être leur rapport au monde environnant, et en particulier quelles en étaient les normes et les tendances qu’il leur faudrait adopter, rejeter, ou intégrer de façon sélective.

À ces questions, ils ont proposé des réponses différentes selon les époques, mais dans leur grande majorité, ils ont presque toujours favorisé une synthèse à un degré plus ou moins avancé partielle.

C’est ainsi que le judaïsme a toujours répondu aux défis lancés par l’Histoire, et c’est ce qui lui a permis de continuer à s’épanouir au cours des temps. Malheureusement, ce type de réponse est devenu fort rare en Israël, et le fait que la vie de la plupart des Israéliens ne porte plus la marque d’une identification et d’un engagement sérieux au judaïsme, atteste de notre échec. C’est là un problème difficile et complexe, et pour le résoudre -si tant est qu’il reste encore un espoir d’y parvenir – il nous faudra prendre toute une série de mesures.

L’un des domaines auxquels il nous faut nous attaquer, est celui de l’éducation de nos enfants – d’où notre tentative de fonder une école qui pourrait en outre servir de modèle à d’autres. C’est ainsi qu’il y a six ans1, à Jérusalem, dans le quartier de la Guivat Tsarfatit, a été créée une école de ce type qui tente de frayer une voie nouvelle dans le monde de l’éducation israélien.

À ses débuts, ce n’était qu’une section fonctionnant au sein d’une école pré-existante, mais en deux ans, cette école était déjà devenue une institution autonome. Le nombre des élèves est passé de trente-trois la première année, à quatre cent cinquante aujourd’hui2. Alors qu’à l’origine, 50% des élèves étaient sabras3 et 50%, enfants de nouveaux immigrants, cela fait déjà quelques années que 80% des élèves de C.P. sont enfants de parents sabras. Les premières années, l’école recrutait ses élèves dans tous les quartiers de la ville; aujourd’hui, les classes sont constituées uniquement d’élèves habitant dans le proche voisinage et nombreux sont ceux qui ne peuvent être acceptés par manque de place.

Par choix des parents.
La création de l’école Massorati ne résulte pas d’une décision du Ministère israélien de l’Éducation mais de l’initiative de parents désirant donner à leurs enfants une éducation juive sérieuse, complète –c’est à dire combinant valeurs juives et universelles- et qui les inciterait à se sentir impliqués par la tradition juive. Ils étaient en quête d’un établissement qui dispenserait à leurs enfants une éducation juive puisant à toutes les sources de la connaissance (tant traditionnelles que modernes) et qui mettrait l’accent sur la culture juive, son vécu et ses développements au cours du temps.

Les Israéliens ignorent le plus souvent qu’il existe une alternative aux deux réseaux de l’Éducation publique de leur pays -73% des enfants israéliens sont scolarisés dans des écoles publiques laïques et 20% dans les écoles publiques religieuses - 7% des enfants étant scolarisés dans des écoles religieuses privées ultra-orthodoxes.

Il existe en Israël des écoles publiques religieuses d’une part, et des écoles publiques laïques d’autre part.

Les écoles publiques religieuses incitent leurs élèves à acquérir des valeurs et à se sentir impliqués par la tradition mais elles ont aussi tendance à se montrer dogmatiques, à créer un environnement intellectuel étouffant et à exiger de leurs élèves une adhésion a priori à un mode de vie défini.

Quant aux écoles publiques laïques, celles-ci se caractérisent, par leur ouverture intellectuelle et leur promptitude à se confronter aux courants intellectuels culturels dominants de la société moderne. Mais la plupart d’entre elles, ignorent totalement la composante religieuse et morale du judaïsme.

La question qui se pose, est donc la suivante: est-il possible de combiner les avantages de ces deux systèmes éducatifs? Est-il possible de développer un enseignement juif sérieux, une connaissance des coutumes et des pratiques juives, et un profond sentiment d’identification au judaïsme et au peuple juif dans une atmosphère d’ouverture sur le monde environnant et de tolérance à l’égard des autres et de leurs manières de vivre? En d’autres termes, l’ouverture mène-t-elle nécessairement à l’indifférence, l’ignorance et la désaffection? L’attachement au judaïsme et au peuple juif conduit-il forcément à l’isolement, au fanatisme, et à un particularisme effréné?

À première vue, la création d’écoles Massorati, pourrait être perçue comme une réaction à la guerre de Kippour, et à ses conséquences – le vol en éclats de l’illusion de la toute puissance israélienne, la prise de conscience de la complexité de la nature de notre existence en tant que peuple et en tant qu’état, et enfin le commencement par beaucoup d’une quête de leurs racines juives.

Une question de survie:
Mais en se situant dans une perspective plus large, on peut affirmer que cette tentative de créer une école de ce type, ne fut rien d’autre qu’un nouvel effort des Juifs de se confronter à l’une des questions existentielles centrales qui se posent à eux en cette époque moderne: est-il possible de maintenir une identité juive solide dans un monde pluraliste? L’assimilation quasi-totale de nombreux Juifs modernes aux normes et aux dictats de la culture occidentale est inévitable dans les circonstances présentes? L’individu doit-il nécessairement s’isoler dans un ghetto juif, pour préserver son identité juive? Ou bien est-il possible de combiner le meilleur de la culture occidentale à notre tradition juive et de s’en trouver renforcés?

Jusqu’à présent ces défis n’avaient reçu en Israël que des réponses extrêmistes. la majorité des gens dans notre pays ayant en effet tendance à s’assimiler et à adopter les aspects culturels et spirituels de l’éthique laïque occidentale, tandis qu’une minorité tend à se retrancher de plus en plus derrière les murailles d’un judaïsme inflexible - très implanté dans certaines communautés juives - et qui ignore de plus en plus les réalités du monde moderne.

Objectifs:
Quels objectifs cherchait-on à atteindre en fondant une école Massorati en Israël?

Dans un premier temps, nous nous concentrerons sur les quatre objectifs principaux de la création de cette école.

Tout d’abord, la première tâche qui fut assignée à l’école de la Guivat Tsarfatit fut de dispenser un enseignement approfondi et extensif de la tradition et la culture juives. Il ne suffit pas d’enseigner la Bible, un petit peu d’histoire juive, de pensée juive et de littérature hébraïque ; il faut faire connaître aux enfants israéliens toutes les facettes de leur héritage, tel qu’il a évolué de génération en génération et ceci inclut les sources textuelles juives de l’époque du Second Temple, la littérature rabbinique de l’époque talmudique jusqu’au Moyen-Âge, les prières, et la pensée juive au cours des siècles y compris la pensée juive contemporaine.

S’il est vrai que nos “racines” ainsi que la continuité spirituelle du peuple juif –et pas uniquement sa continuité physique- nous paraissent importantes, nous nous devons de nous préoccuper d’assurer la transmission de ce riche héritage culturel. Israël ne peut se permettre de prodiguer à ses enfants une éducation extensive et sophistiquée en mathématiques, en sciences en informatique, etc… tout en leur offrant une éducation superficielle et dépourvue de profondeur dans les matières juives. On n’envoie pas un soldat se battre contre des tanks, s’il n’est armé que d’un fusil. Or c’est précisément ce que nous faisons, dans le domaine de l’éducation juive.

Dans le domaine du judaïsme, les enfants israéliens achèvent leurs études uniquement équipés “d’armes légères” –qui ne sont pas même toujours opératives- alors que dans les autres matières ils reçoivent une bonne formation. On ne peut attendre des jeunes qu’ils servent dans l’armée, restent en Israël, et apportent à la société une contribution significative sans leur avoir donné les connaissances nécessaires, sans avoir suscité en eux un sentiment d’attachement qui leur insuffle la force d’accomplir leur tâche, et sans leur avoir fait comprendre la signification de l’ État d’Israël et son importance pour la vie juive.

Vivre le rituel de l’intérieur.
Il est absolument essentiel qu’un enfant qui prend connaissance de son héritage, ait l’occasion de vivre le judaïsme. La tradition juive est basée tant sur la connaissance de nos textes que sur le fait de vivre les pratiques traditionnelles. Le Séder de Pessah, Roch Hachana et Kippour, les fêtes, la prière, font tous partie intégrante de la vie juive. Afin de comprendre cet univers, l’enfant doit vivre ces coutumes et ces modèles de l’intérieur, et -étant parvenu à certain stade de son développement- se demander quel sens ils ont pour lui.

Les écoles publiques israéliennes ayant des élèves provenant de foyers très variés, dans lesquels les coutumes et pratiques juives sont très diverses, elles se doivent de multiplier les occasions où les élèves pourront découvrir les différentes façons de vivre le judaïsme.

Pour illustrer les conceptions qui animent notre école, prenons l’exemple de la prière. Dans les écoles Massorati, on n’insiste pas sur l’obligation religieuse de prier, mais plutôt sur le côté éducatif de la prière et sur les défis émotionnels et intellectuels que celle-ci nous lance.

Il s’agit en donnant à l’élève l’occasion de prier, de lui permettre de se mesurer à des idées, des concepts, des émotions, des valeurs avec lesquels il n’a que peu l’occasion de se confronter par ailleurs. Ce sont là des dimensions auquelles il importe que l’élève soit confronté pour qu’il puisse réellement se comprendre lui-même et pour qu;il puisse comprendre son judaïsme, et son propre univers. La prière n’est donc pas présentée comme exigeant nécessairement des croyances bien assises; le doute en matière de religion ne doit pas empêcher quelqu’un de prier. Car il arrive qu’on prie pour parvenir à croire plutôt que parce que l’on croie.

Pour une paidea juive
Dans notre école, ce n’est pas la dimension quantitative de l’enseignement qui prime et caractérise le programme enseigné, c’est sa dimension qualitative, et la pédagogie mise en jeu. Les valeurs juives ne doivent pas présenter moins d’intérêt et être moins attractives que les sciences naturelles ou l’informatique. De plus, nous nous conduirions de manière irresponsable - et nous choisirions nous-mêmes une voie menant à l’échec- si nous étudiions les matières juives sans tirer bénéfice du savoir moderne ainsi que de la réflexion des différents courants de pensée circulant dans le monde moderne.

Cette exigence de notre part ne saurait en aucun cas être perçue comme étant une nouveauté dans le cadre de l’histoire juive. Nous avons déjà évoqué le fait qu’il y a toujours eu interaction entre les Juifs et leur environnement. C’est un fait qui devra transparaître dans le programme scolaire. Le concept grec de paidea désigne la culture , les valeurs et la conception du monde, particulières à chaque génération. Chaque peuple a sa propre paidea, et il la modifie et en redéfinit certains aspects en réaction au milieu culturel dans lequel il se trouve. La tradition juive ne fait pas exception à cela, et a ainsi évolué au cours des générations.

La paidea des Juifs vivant au Moyen- Âge en Espagne est fort différente de celle des Juifs Ashkénazes contemporains, en raison du fait que ces deux communautés ont vécu et vivent dans des contextes politiques et culturels totalement différents. Il n’y a eu que quelques tentatives limitées et sporadiques de créer une paidea juive et moderne c’est-à-dire de traduire la tradition juive en termes appropriés à notre époque. Or c’est là le plus grand défi culturel et spirituel se dressant devant notre peuple et ce n’est pas moins important que tous les problèmes économiques et sécuritaires. Sans une paidea juive et moderne qui interpellera notre jeunesse, et l’engagera à se joindre à une entreprise vitale, authentique, et porteuse de sens, notre peuple deviendra rapidement un corp sans âme dans le meilleur des cas, et cessera totalement d’exister dans le pire.

Toute structure éducative juive doit aussi se référer aux valeurs inscrites dans la tradition juive. Ces valeurs devraient inspirer la vie de l’établissement scolaire et le programme d’enseignement. Les sources textuelles juives, la Bible, le Midrach, les prières, etc… regorgent de valeurs qui ont su être signifiantes à des générations entières.

De plus, toute une série de modèles comportementaux et de manières de s’exprimer devraient transparaitre dans le programme scolaire: Abraham n’est seulement l’Abraham du sacrifice d’Isaac, c’est-à-dire celui qui obéit à son Créateur, et se montre prêt à accomplir n’importe quelle injonction divine, c’est aussi le personnage principal du récit de Sodome et Gommorhe, l’Abraham qui s’oppose à la volonté de son Créateur, qui L’interpelle, et qui se laisse guider par son propre sens moral. Cet Abraham –là discute et ne reste pas silencieux, il se bat et ne se rend pas, il met en doute et n’accepte pas. N’y a-t-il pas là un modèle éducatif important à présenter à nos enfants ?

L’école Massorti: Une réponse enthousiaste
Cette réussite de l’école Massorti dans le domaine de la réactualisation, illustre la volonté de la société israélienne de se montrer à l’écoute d’idées nouvelles et de les considérer de façon positive. Les parents israéliens n’étaient pas familiers avec cette approche, mais après quelques hésitations initiales, un nombre toujours croissant d’entre eux a décidé qu’il était important que leurs enfants reçoivent une éducation de ce type. Les autorités concernées (la municipalité de Jérusalem et le Ministère de l’ Éducation Nationale israélien) ont, eux aussi, accordé leur soutien à ce projet.

Ils ont agréé nos requêtes, et se sont montrés prêts à accorder à cette expérience éducative une chance de croître et de se développer. Aujourd’hui notre école couvre les huit premières années scolaires4 et nous projetons d’élargir sa structure de façon à y intégrer un lycée5. Des écoles élémentaires du type de la nôtre existent dans trois villes d’Israël, et tout indique que de nombreuses autres seront fondées dans les prochaines années6. Cette année, enfin, le Ministère de l’ Éducation a nommé deux personnes en charge d’ouvrir de nouvelles écoles Massorti et d’établir un programme d’enseignement qui leur soit approprié.

Le temps presse mais il est loin d’être trop tard. La société israélienne posséde les moyens d’affronter et de traiter ces problèmes. La seule véritable question est de savoir si nous nous sentons suffisamment concernés pour entrer dans l’action, et pour agir avec la rapidité et l’envergure nécessaires. Il y quelque temps, j’ai fait une conférence à des soldats israéliens dans une base militaire ayant pour sujet “Judaïsme et Sionisme”. Nous étions en pleine discussion sur la judéité de la société israélienne lorsqu’un jeune homme s’est levé,et, brandissant dans une main son fusil, s’est mis à crier avec une voix où transparaissait l’angoisse: “Pourquoi se mettent-ils maintenant à m’apprendre à me servir d’un fusil alors que pendant toutes années d’école et de lycée personne ne s’est jamais donné la peine de m’expliquer pourquoi je devais savoir tirer ?”

L’heure est venue de donner à ces questions des réponses qui aient un sens.

Lee Israël Levine est Professeur à la chaire d’Histoire Juive et d’Archéologie de l’Université Hébraïque de Jérusalem et Professeur d’Histoire au Séminaire Rabbinique de Névé Schechter. Il a immigré en Israël en 1971. C’est un des fondateurs de l’école Massorati (de la Givat Hatsarfatit –Jérusalem) et à l’époque où cet article a écrit, il faisait partie du comité des parents d’élèves au sein de cette école.

Fondation Educative TALI
B.P. 16080, Rue Avraham Granot 4, Jerusalem 91160 Israel
Tel: 972-074-7800-600   Fax: 972-2 6790840   Email: tali@tali.org.il